| Avant l'apparition du pot
de résine, la gemme s'écoulait dans le "crot",
simple trou aménagé dans le sable, entre les racines du
pin. Hugues (avocat d'origine bazadaise) inventa un petit
pot en terre cuite vernissée qui était déposé au pied
de l'arbre développant ainsi une idée du Dacquois
Hector Serres. Il en perfectionna son utilisation avec le
"pot ascensionnel" qui monte avec la carre. La
gemme parcourait alors moins de distance pour atteindre
le pot et il y avait moins de coagulation et d'évaporation
de l'essence de térébenthine. Parmi les premiers modèles,
certains étaient aplatis du côté qui s'appuyait sur le
pin et pouvaient être fixés à celui ci par une ou deux
pointes. Ce n'est que vers 1913 que se généralisa le
pot conique que tout le monde connaît aujourd'hui. Le pot repose sur une
pointe en bas et est retenu par une lame de zinc courbe,
formant gouttière en haut. La pose de ce dernier se fait
à l'aide de "pousse crampon" outil doté d'une
lame coupante d'acier qui épouse la forme du zinc et
avec laquelle on tampe (incise) l'arbre au-dessus du pot
d'un coup sec de maillet. Un système de crochets parallèles
à la lame permet de donner au zinc la courbure voulue et
de le placer d'un autre coup de maillet dans l'entaille
ainsi pratiquée.
Le pot était ensuite vidé dans une mesure de 17 litres
(la couarte) rectangulaire et en bois avant la dernière
guerre, puis cylindrique et en métal, parfois plus
grande (22 litres) après. Produit poisseux, la gemme
colle aux outils, aux mains et aux vêtements. Il faut récurer
le fond des pots avec une sorte de spatule de bois ou de
métal, à l'extrémité en épousant la forme : la
palinette. Ce travail fastidieux est effectué par toute
la famille. Transportée sur la tête, la couarte est vidée
dans un gros baquet rond, en bois qui a fait place dans
l'Entre-deux-guerres à des auges en ciment. Une famille
de quatre personnes récolte ainsi, par un labeur
incessant, 400 pots par jour.
De la fosse, à l'aide de grosses louches de
cuivre désignées caches ou pelles, la gemme est
transvasée dans de grosses barriques de 340 litres, d'abord en bois plus tard
en métal, chargées ensuite à raison de 3 à 5 sur des
bros (charrettes) tirés par des mules ou des bufs.
Dans la décennie 1960-1970, la raréfaction de la main-d'uvre
et la recherche d'une meilleure productivité ont remplacé
la couarte par des fûts adaptés à des brouettes que
l'on vidait directement dans les barriques.
En octobre, par manque de fluidité, la gemme
s'accumule sur la carre en une épaisseur de plusieurs
centimètres, à la façon de certaines concrétions
calcaires dans les grottes ; c'est le barras qui doit être
raclé à l'aide d'un outil à lame courbe (lou
barrasquit), et tombe dans une bâche ou toile transportée
à dos d'homme. Avant les premiers gels, les pots étaient
mis à l'abri, et les zincs étaient enlevés et ébouillantés.
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